Gargarismes

Numéro 7




Sommaire

Blocages
Police partout
Assemblées & mixités
Casseur.e.s
Mutations du travail
Bagelstein
Politique du sable
Roller derby


Édito

Que retiendra-t-on du mouvement social contre la loi travail ? Qu'avons-nous envie de ne pas oublier ? La défense du code du travail a été une raison supplémentaire pour descendre dans la rue. La place centrale qu'occupe le travail dans la construction de nos identités et dans la répartition des rôles sociaux y ont été questionnées. Les autres réformes libérales qui l'ont précédé et la succéderont renforcent le pouvoir des entreprises multinationales ou des États et rendent depuis des années nos vies de plus en plus précaires. C'est contre cette précarité et l'étroitesse des cases dans lesquelles on veut nous mettre que nous voulons imaginer une nouvelle société. Une société où l'on puisse se sentir libre, de décider par et pour soi, avec celleux avec qui l'on a choisi de faire un bout de route, avec celleux qui vivent à coté de nous. Libres de vivre, libres de se déplacer, de se poser quelque part, de pouvoir sortir des sentiers battus, de ne pas être constamment oppressé.e.s par le moule, les institutions, par les règles illégitimes établies par on ne sait qui, à on ne sait quel moment pour défendre les intérêts du plus petit nombre. Libres d’être dans la nature, d'en faire partie.
Nous en sommes malheureusement encore très loin. On continue de signer des traités de libre-échange pour les flux marchands et on expulse des camps de migrant.e.s, en les dispersant pour les invisibiliser davantage et mieux les renvoyer ailleurs. La ZAD reste encore menacée d'expulsions. L'État d'urgence ultrasécuritaire ne semble pas finir… Pour autant nous voulions continuer de tracer et rendre compte de quelques lignes d'horizons et chemins utopiques ouverts ces derniers mois. Le défi post mouvement social rennais ne se niche-t-il pas dans un commun, à construire, à définir ensemble, à vivre aussi tout simplement ?
Par où commencer, comment l'appliquer ici, aujourd'hui ? Dans les mois passés ça s'est traduit par l'envie de faire de la politique partout, tout le temps, avec (presque) tout le monde. C'est-à-dire en se réappropriant l'espace « public » comme à Nuit Debout, en repolitisant la fac avec des piquets de grèves et des AG, en s'inscrivant dans la tradition ouvrière en occupant la Maison du Peuple, en rassemblant des personnes aux horizons divers lors de blocages économiques… en somme en faisant déborder la politique des institutions politiciennes. Pour rendre possible ces espaces, un commun politique s'est co-construit autour de pratiques partagées et de moments conviviaux. Les cantines, les chants et batukada nous ont donné de la force tandis que des outils d'animation et d'organisation ont permis de visibliser certaines formes de domination et de limiter les prises de pouvoir à défaut de les empêcher.
La transformation de la société passe aussi par l'information. Ce n'est pas étonnant d'avoir vu émerger des journaux comme Les Petits Matins, Ouest Torch ou Noctambule, la radio pirate Radio Croco ou encore le nouveau site internet Expansive.info. Cela s'ajoute à vos retours positifs des numéros précédents de Gargarismes et malgré les difficultés financières, ça nous conforte dans l'idée de continuer sur cette voie !