Gargarismes

Numéro 6

Sommaire

Calais
Impunité policière
Ateliers vélo
Fichier Visabio
Politique au Lycée Expérimental
Discrimininations liées au voile
Compteur Linky

Édito

« Nos sociétés sont entrées de façon durable, peut-être même définitive, dans l'époque de l'unification, de la négation de l'altérité et du conflit. […] Certes, on admet que les citoyens ne sont pas tous d'accord avec telle réforme gouvernementale, mais c'est parce qu'ils « n'ont pas compris la raison ». […] Le contraire d'un tel refoulement, l'acceptation du conflit, impliquerait la reconnaissance d'une multiplicité d'autres points de vue non nécessairement assimilable à ceux de (pauvres) gens qui ne comprennent ni ne se comprennent, soit parce qu'on ne leur aurait pas suffisamment bien communiqué la norme. […] La version dure du refoulement du conflit, quant à elle, implique tout simplement l'éradication de l'altérité. Une société de la transparence radicale qui ne connaît pas d'ennemi, mais seulement des « terroristes » et des « déviants » à éliminer.1 »

En essayant de départager les « bons manifestants » des « mauvais casseurs », la mairie de Rennes comme le gouvernement actuel tentent d'invisibiliser la dimension sociale du conflit qui se joue. On peut bien sûr critiquer ou se reconnaître d'avantage dans les différents modes d'action. Cependant on peut émettre l'hypothèse que si les citoyens avaient réellement leur mot à dire sur l'organisation de la société, on n'en serait pas là. Le mouvement actuel dépasse largement l'abrogation de la loi. Il est le reflet d'une colère qui grandit contre les injustices sociales, la précarité des travailleurs/ses, le ras-le-bol de politiciens corrompus et déconnectés des problèmes concrets d'une majorité d'habitants de la france. En essayant d'isoler les contestataires, de les réprimer violemment et de les enfermer, les « élus » jettent de l'huile sur le feu. Le slogan « je suis pacifiste, mais derrière le peuple gronde » vient le rappeler. Le retour de bâton sera de plus en plus fort : quand le conflit est nié, surgit l'affrontement.

Le conflit est lié directement à l'existence d'une multiplicité de points de vue. L'équipe de Gargarismes ne prétend pas représenter la vérité universelle. Au contraire, nous assumons collectivement une ligne éditoriale, et individuellement, un point de vue « situé » - c'est-à-dire lié à notre position sociale, avec les privilèges qu'on a et les discriminations qu'on subit. Dans ce numéro, beaucoup d'articles traitent de l'oppression raciste, qui nous révolte2 mais que nous ne subissons pas pour la majorité de l'équipe de coordination actuelle. Impunité policière dans les « quartiers », stigmatisation des femmes voilées, relégation et fichage des migrants entres autres. En écrivant dans ce journal, les auteur.e.s sont aussi conscient.e.s d'exposer leurs questionnements et leurs idées à la critique. Les auteureuses tentent de comprendre le monde qui les entoure, de proposer des hypothèses, et pour certain.e.s participent à des luttes. On espère que les lecteurs/trices accepteront de partager avec nous leurs critiques et leurs arguments - et pourquoi pas, participeront aux prochains numéros ?

1. Eloge du conflit, M. Benasayag et A. del Rey, éditions La Découverte, 2007

2. Et que nous perpétuons, consciemment ou inconsciemment. Les causes sont évoquées partiellement dans la note 3 de l'article Trois jours sur le camp de Calais ; les conséquences sont inexplicables en peu de mots. Tout ça mériterait un article à part entière.