Gargarismes

Numéro 5

Sommaire

Gare sud
En vert et contre tout
CoorUS et migrant.e.s
Prairies libres
Hackerspaces
Maryvonne


Édito

    Sonné.e.s. Par les attentats, certes. Et surtout par ce qui les suit. De l'émotion collective, on a glissé rapidement et sans effort vers un nationalisme sécuritaire et guerrier, soutenu et validé par une grande partie des médias. Ces mêmes médias ont d'ailleurs discrédité les premières voix qui jouaient autre chose que leur symphonie bleu-blanc-rouge ; qui rappelaient par exemple que chaque jour il se produit des attentats et que des personnes meurent dans des conflits armés par la France – quand elle n'y participe pas elle-même. Oui, la France est « en guerre » mais de son plein gré et depuis un long moment.

On ne voit ici ni « choc de civilisations », ni « guerre de religions ». On y voit surtout un État capitaliste parmi d'autres, qui se fout bien de la précarité dans laquelle il met de plus en plus de monde, dans et au-delà de ses frontières, et qui alimente des discriminations criantes en agitant un autre épouvantail : « l'identité nationale ». En France, la montée des mouvements identitaires et de l'islamophobie sont inquiétantes. Preuves s'il en fallait : la recrudescence de menaces et violences dans tout le pays, observée également en Angleterre, au Canada et aux États-Unis depuis plusieurs semaines. Par exemple à Pontivy le 14 novembre, l'extrême-droite bretonne défilait contre l'accueil des migrant.e.s et a agressé plusieurs personnes.

À l'heure où nous bouclons ce numéro (le 2 décembre), les réactions du gouvernement ont été les pires possibles. La proclamation de l'état d'urgence et sa prolongation sur 3 mois, votée à la quasi-unanimité par un parlement débile, marquent un virage sécuritaire dramatique. C'est cette même loi de 1955 qui a ouvert un cadre légal à toutes les violences policières durant la Guerre d'Algérie – jusqu'au massacre du 17 octobre 1961. On a toutes raisons aujourd'hui de se méfier davantage d'une police plus armée et pas moins raciste qu'hier. Quelle forme terrible prend le « contrôle au faciès » sous l'état d'urgence socialiste ? Parallèlement, ce qu'on pouvait craindre eut tôt fait de se produire : sous couvert de « lutte contre le terrorisme », l’État policier muselle les mouvements sociaux – contre la Cop21 notamment – perquisitionne et assigne à résidence les individu.e.s qui le dérangent sur de simples suspicions.

Il semble plus que jamais nécessaire de rester solidaires et déterminé.e.s dans les luttes contre toute forme de racisme et de xénophobie, dans les luttes féministes, les luttes de migrant.e.s, celles pour l'accès au logement et à la terre, contre les violences policières, etc. Pas d'identité nationale, mais des identités multiples ; et il nous appartient de défendre un monde dans lequel toutes peuvent coexister librement. S'il paraît évident que Daesh ne partage pas ce point de vue, il ne faudrait pas oublier que l’État français ne le partage pas non plus.

Sonné.e.s. Mais pas abattu.e.s ; en rage.

Parce que le monde qui a produit ça se construit aussi ici, Gargarismes vous propose un petit tour autour de Rennes : à votre droite, l'irréprochable accueil des personnes migrantes ; à votre droite, la mairie présente son savant remodelage de la ville pour plus de sécurité plus de mobilité plus de liberté pour les riches ; à droite toujours, le capitalisme à la sauce verte qui séduit petits et grands patrons ; un peu plus à droite, souvenez-vous, le grand journal Ouest-France et son traitement audacieux de l'affaire « Maryvonne »…


Gargarismes
gargamail (@) riseup.net
gargarismes.org

Voici la liste des contributeurs/rices par ordre de rien-du-tout :
Cabot, Ramine, QZN, MB, Lucie, Sylvain, Cléo, P., Mushi, Ed, Agat, E., des habitant.e.s des prairies, Benoît, Julien, PetitPoireau

Les textes et illustrations, même non signés, n'engagent que la responsabilité de leurs auteur.e.s.

La mise en page est bidouillée avec Gimp et Scribus.

Le coloriage est barbouillé chez IPO, à Bruz.

Directeur de la publication : Marc Énervé
Tirage : 800 exemplaires
Prochain n° : dans quelques mois